Quand nos échecs sont la porte ouverte à la création

 Rater son travail

On dit que le peintre Claude Monet, devant un tableau qu’il jugeait raté, détruisait son tableau ou grattait la couleur pour réutiliser plus tard la toile. Cela arrivait souvent et le décourageait ou le mettait en colère.

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Un exemple: son oeuvre intitulée La Pie est peinte sur une toile de récupération dont l’artiste avait gratté la  peinture.

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Un autre peintre, Jackson Pollock, disait lui aussi :  … »Ce n’est que lorsque je perds contact avec le tableau que le résultat est raté ».

En art, mais dans quantité d’autres domaines également, l’être humain est confronté à l’échec. Celui-ci fait partie de la vie. Les artistes les plus célèbres, pour ne parler que d’eux, le vivent régulièrement. Van Gogh, par exemple, constatant que ses oeuvres n’avaient pas de succès, se prenait carrément pour un nul, un incompétent, un moins que rien.

Et nous? Nous arrive-t-il d’échouer dans nos projets?

Vous je ne sais pas mais moi, oui. Que ce soit en couture, en peinture, en bricolage ou autres activités manuelles ou non, il m’arrive d’être déçue de mon travail ou de trouver un ouvrage moche et mal fait.

Prenons la cuisine. La tourte fait partie de ces ratés qui me mettent en rogne. Magnifique,dorée et gonflée à souhait ladite tourte, trop souvent, se casse ou perd un morceau au moment du démoulage. Depuis le temps j’ai mis au point une stratégie de camouflage  qui consiste à coller les morceaux avec du sucre glace et à insister un maximum sur la décoration. Le résultat fait illusion et finalement le résultat est potable. Devant l’état du gâteau j’ai appris à improviser, à chercher et à fouiller dans ma tête pour trouver des idées.

En couture c’est pareil.  Il m’arrive de devoir faire et refaire, corriger, arranger, enlever, couper, remettre, agrandir, rétrécir, ajouter…pour que l’ouvrage ait de l’allure. Je peste quand je constate que je ressemble à un sac dans la robe  tellement belle de Madame Burda. Dans ce cas il m’arrive de …allez courage Marie-Claire dis-le-…déposer le vêtement raté au fond, tout au fond d’une armoire pour ne plus le voir et ne plus y penser. Si si! Mais, dans les bons jours,  je refuse de m’avouer vaincue. On a son orgueil ! C’est donc dans un élan de créativité que  je me lance dans les transformations. La chance n’est pas toujours de mon côté et la robe finit parfois en trousses et autres pochettes. Mais il arrive, ô miracle, que le vêtement prenne une autre allure tout à fait inédite et, dans ce cas, me voilà pleine de confiance en moi, satisfaite de mes découvertes et fière de ma persévérance. Avouez que le résultat en vaut la peine et que ça fait du bien à son ego.

Quand je suis dans ma période peinture, le scénario est identique. Je peins, je peins et constate que je n’arrive à rien. J’en rajoute, je m’énerve  et remarque  que ma toile est de plus en plus en péril et qu’il manque peu pour que je la balance par la fenêtre. Dans ce cas, il me faut arrêter au plus vite cette activité, ranger mes affaires et retourner le tableau afin que sa vue ne mette mon moral plus bas que terre. Ensuite, c’est pareil à chaque fois, je rejoins mon mari au salon et déclare nerveusement:  » c’est vraiment nul ce que j’ai fait ce soir. C’est la raté totale. Passer des heures pour un résultat pareil ça ne vaut vraiment pas la peine »!

Arrive le lendemain. Malgré ma déception de la veille je ne peux pas rester sur cet échec. Je remets la toile à l’endroit et mon regard s’accroche aux formes et aux couleurs qui, laides hier, prennent tout à coup une autre allure. Je regarde attentivement et vois, derrières cette peinture improbable, un possible, un espoir de réussite, une chance de récupérer la toile. Les formes et les couleurs me donnent de la motivation, Je reprends le pinceau. Je ne réfléchis plus,  je n’analyse plus, je me laisse aller  avec confiance. Sur ces traits et ces formes d’une grande banalité, sur ces couleurs d’une triste fadeur peuvent germer d’autres traces. Des traces nouvelles, inespérées, inattendues, imprévisibles, gage d’une possible réussite.

Je le reconnais c’est rageant de rater quelque chose. C’est vrai quoi, les échecs nous pèsent, nous mettent en colère, nous humilient et nous font perdre du temps! Mais à y bien réfléchir, ils peuvent être vus comme une opportunité, une chance même . Car nos erreurs et nos ratés nous donnent l’occasion d’utiliser notre imagination pour corriger le tir.  Ils nous mettent au défi de nous prouver à nous-mêmes que nous sommes capables de créer, de faire de l’inédit, du jamais vu.

Ainsi, l’objet revu et corrigé se personnalise, devient mon oeuvre, ma création.

L’exercice en vaut la chandelle. Pensons-y. Tentons le coup. N’ayons pas peur de nos échecs ils sont la fenêtre ouverte à l’imagination et à la création..

Bonne journée à tous

Marie-Claire